Masculinisme et féminisme : duel en ligne

En Amérique du Nord (mais pas que), le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis a eu un impact significatif sur les discours en ligne.
Considéré par beaucoup comme l’incarnation de la « masculinité forte », Trump a souvent mis en avant un style direct et un positionnement conservateur qui plaît à certains groupes prônant des valeurs « traditionnelles ». Dans cette perspective, son élection légitime, pour certains tout du moins, un retour aux modèles de genre rigides et une opposition aux mouvements féministes et progressistes.

Les réseaux sociaux deviennent alors une arène où ces groupes trouvent un écho et diffusent leurs idées : l’image de « l’homme viril » et protecteur face à une société perçue comme trop permissive et politisée alimente le discours masculiniste et patriarcal. Cette dynamique profite de la polarisation de la société et de la viralité des contenus, faisant émerger des figures influentes prônant une masculinité « sans compromis », souvent perçue comme un rempart contre les évolutions sociales récentes. Un constat que l’on observe également dans les sphères francophones.
Sur TikTok, comme sur YouTube, le hashtag « mâle alpha » rassemble à lui seul des centaines de milliers de vidéos, témoignant de l’intérêt croissant de jeunes hommes pour ce type de discours.

En parallèle de ces contenus, le terme « masculinisme » est de plus en plus récurrent dans les discours, illustrant l’essor de ce mouvement. Défini par Le Robert comme l’“Ensemble de revendications cherchant à promouvoir les droits des hommes et leurs intérêts dans la société” et ayant comme synonyme “antiféminisme”, des influenceurs masculinistes rassemblent sur les réseaux sociaux des millions de followers en diffusant des idées parfois marquées par la misogynie et des positions conservatrices.

Évolution du terme “masculinisme”et “alpha mâle” sur YouTube, TikTok et X en France sur les 13 derniers mois, Source Talkwalker.

Parallèlement à l’essor des groupes masculinistes, un autre mouvement gagne en popularité ces derniers mois : celui des « tradwives » (pour « traditional wives »). Ces femmes se présentent comme fières de leur rôle de « femme au foyer », valorisant des valeurs familiales et domestiques. Elles partagent leur quotidien, leurs recettes, leur organisation de la maison, et des conseils de vie de couple sur TikTok, Instagram et YouTube. Ce mouvement séduit certaines jeunes femmes en quête de repères face aux changements rapides des rôles sociaux, et qui se tournent vers une vision du couple basée sur des rôles genrés clairs. Les tradwives rejettent souvent les valeurs féministes, revendiquant le droit de choisir une vie en retrait des attentes modernes de carrière ou d’indépendance financière. Leurs contenus, souvent inspirés d’une époque idéalisée, suscitent toutefois des débats, certains y voyant une forme de régression pour les droits des femmes.

En réponse à ces mouvements traditionnels, le phénomène 4B, né en Corée du Sud, prend de l’ampleur en ligne, particulièrement auprès de jeunes femmes fatiguées des injonctions au couple et au mariage. Le mouvement « 4B » prône quatre valeurs : l’absence de relations hétérosexuelles, de mariage, de maternité, et de rencontres amoureuses avec des hommes. Ce phénomène se développe rapidement, surtout après l’élection de Trump, comme une forme de résistance face aux discours masculinistes.

Évolution du terme “4B” sur YouTube, TikTok et X en France sur les 13 derniers mois, Source Talkwalker.

Porté par des féministes en ligne, ce mouvement encourage les femmes à remettre en question la nécessité de se conformer aux normes de genre et aux attentes sociales liées au couple. Ce positionnement traduit une volonté de se libérer des conventions, trouvant un écho international.

Autre tendance sur les réseaux sociaux, “Tanaland”, un pays virtuel que seules les femmes peuvent intégrer, où tout est rose et les propos sexistes sont interdits.
Tana” est une insulte couramment utilisée sur TikTok pour rabaisser les femmes. Inspiré du mot italien « puttana » et popularisé par une chanson du rappeur Niska, ce terme est devenu un choix privilégié pour des hommes souhaitant humilier les femmes en ligne. Comme la plupart des insultes sont automatiquement censurées sur la plateforme, ce mot est fréquemment employé par les harceleurs pour contourner ces restrictions. Selon un article du média Le Parisien, le 1er octobre 2024,  Tanaland comptait près de 18 millions d’habitantes virtuelles.

Sur Instagram, TikTok, YouTube ou X, des voix issues de toutes les sphères de genre contribuent à des conversations sur les droits et les identités. Ces voix sont particulièrement importantes pour les jeunes, qui y trouvent des ressources et des exemples de parcours identitaires variés. Cependant, ces avancées sont souvent confrontées à des mouvements conservateurs en ligne qui prônent un retour à des rôles genrés plus traditionnels. L’impact de cette diversité se fait ressentir, et les réseaux sociaux, en amplifiant ces idées, deviennent des lieux où les choix de vie divergents se rencontrent et parfois s’opposent, reflétant les tensions de nos sociétés contemporaines.​

Évolution du terme “4B”, “Alpha male” “Tradwife”, “Tanaland” sur YouTube, TikTok et X en France sur les 30 derniers jours, Source Talkwalker.

Par Émilie Guignard.